mot de passe oublié

« Messieurs,

les régions baignées par la Seine et ses affluents, la ville de Paris et les communes suburbaines en particulier, viennent de traverser des épreuves cruelles. Une crue, égale ou supérieure aux crues les plus fortes dont l’histoire ait perpétué le souvenir, a semé la ruine sur son passage, menacé la vie de nombreux habitants, et paralysé pendant des semaines une large part de l’activité nationale. […]

Nous devons répondre dans le plus court délai à l’appel de M. Le Président du Conseil, ne point attendre que les tristes leçons de l’expérience aient perdu de leur force, que le souvenir des récentes catastrophes se soit affaibli, que l’insouciance et l’imprévoyance aient frayé leur chemin.

Le passé fournit à cet égard des enseignements dont la génération actuelle serait impardonnable de ne pas profiter. »

Ainsi s’exprimait, le 18 février 1910, M. Alfred Picard devant les membres de la commission qu’il présidait chargée de tirer les enseignements de la crue qui venait d’inonder le bassin de la Seine. Aujourd’hui, la crue de janvier 1910 reste, pour Paris, la crue de référence.

Il est difficile aujourd’hui de se représenter l’ampleur de la catastrophe et l’émoi qu’elle a provoqué. Pourtant, une telle crue peut se reproduire. Les repères de crue sont là pour nous le rappeler.

Les répères de crues : témoins historiques

En effet, les repères de crue sont les témoins historiques des grandes crues passées. Ils font partie du patrimoine de connaissance sur les crues.

Ce sont des marques destinées à faire vivre la mémoire des inondations. Ils matérialisent le souvenir de ces événements importants, que le temps ou le traumatisme peuvent parfois biaiser, en indiquant le niveau le plus haut atteint par les eaux en un point donné.

Leur présence permanente sur le terrains est une source d’information pour entretenir la mémoire du risque lié aux inondations d’année en année. Ils rappellent les conséquences de la survenue d’une crue équivalente et permettent d’imaginer les conséquences au niveau local d’un telle hauteur d’eau.

Des informations pour l'expertise des inondations

Parallèlement, ils permettent, dans le cadre de la connaissance hydraulique des cours d’eau, d’affiner le savoir et l’expertise des crues historiques. Le nivellement de la hauteur d’eau indiquée, dans le référentiel de "Nivellement Général de la France" (altitude NGF), permet d’extrapoler le niveau de la rivière là où l’information historique n’est pas disponible. Des repères de crue historiques en lit majeur aident à définir l’emprise de l’inondation.

Un patrimoine fragile

Le patrimoine que constituent les repères de crue est fragile. En effet, les repères peuvent disparaître et l’information qu’ils portent avec.

Au cours de leur longue vie, les repères peuvent être victimes de la démolition du bâtiment qui les porte, de sa reconstruction, d’un ravalement de façade, du manque d’entretien ou de l’érosion.

Or, chaque repère qui disparaît emporte avec lui de manière irréversible une information précieuse, car rare. Il est donc important de capitaliser ce savoir avant la disparition des marques témoins des grandes inondations.

 

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